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Adapter le traitement à la maladie :
l’exemple du diabète

Adapter le traitement à la maladie :
l’exemple du diabète

Les contraintes liées au traitement du diabète sont nombreuses, particulièrement à l’adolescence où les risques de rejet par le patient, alors en plein apprentissage de l’autonomie, sont importants. Comment ont été optimisés les traitements pour améliorer le quotidien des malades et quelles sont les innovations encore attendues ? Marc de Kerdanet, diabétologue pédiatre au CHU de Rennes et Sabrina, maman d’un garçon diabétique de 14 ans et demi, témoignent.

En quoi le quotidien d’un adolescent atteint de diabète est-il spécifiquement affecté ?

Sabrina - Quand mon fils a été diagnostiqué diabétique de type 1 il y a neuf mois, le fait d’avoir une cousine diabétique l’a aidé car il connaissait bien le vécu de cette maladie. Il s’est très vite saisi de son traitement et a été immédiatement autonome pour gérer la surveillance glycémique et les injections d’insuline. Cependant, les médecins m’ont prévenu qu’il pourrait avoir quelques phases de découragement ou de rejet de son traitement.

Marc de Kerdanet - Comme les autres patients, l’adolescent atteint de diabète subit le quotidien d’une maladie chronique lourde et contraignante. Une situation d’autant plus délicate à appréhender qu’elle n’induit pas de symptômes, hormis ceux apparaissant au long cours ou dans des situations d’urgence. Mais à l’inverse de l’adulte, l’adolescent vit dans l’immédiat. Alors qu’un adulte intègre le danger des complications pour adapter son quotidien, l’adolescent a plutôt tendance à rejeter cette réalité, d’autant qu’elle est édictée par des adultes, vis-à-vis desquels il veut s’affirmer et s’émanciper.

L’évolution des traitements et du matériel est-elle importante pour aider les adolescents au quotidien ?

MdK - Pour optimiser l’acceptation du diabète et de sa prise en charge, ce n’est pas le malade qui doit s’adapter au traitement mais le traitement qui doit s’adapter au patient. Cette approche est de plus en plus une réalité grâce aux progrès réalisés régulièrement depuis des décennies, et qui se sont accélérés depuis les années 2000. Pour exemple, la cinétique des insulines a pu être finement adaptée, permettant de minimiser les répercussions du traitement sur le quotidien : alors qu’ils devaient se traiter à heure fixe, les diabétiques peuvent gérer leur traitement avec plus de souplesse selon le déroulement de leurs activités ou l’heure de leurs repas, sans avoir à anticiper systématiquement.

S - Les stylos injecteurs et les aiguilles nécessaires à la surveillance de la maladie ou à l’administration du traitement sont maniables et indolores. Cela aide vraiment mon fils à ne pas avoir de réticences au quotidien. Il a aussi bénéficié des progrès thérapeutiques : il avait vu sa cousine devoir se lever tôt tous les matins pour s’injecter de l’insuline. Lui est traité par des molécules de plus longue durée d’action qui lui permettent de faire des grasses matinées le week-end, comme les jeunes de son âge.

Quels sont les besoins qui restent à remplir ?

S - Aujourd’hui, mon fils intègre parfaitement les contraintes que lui impose la maladie. Il avait quelques inquiétudes sur la gestion du traitement au collège ou vis-à-vis de son activité sportive, mais elles sont finalement limitées. Il reste malgré tout deux difficultés : l’une pratique, liée à la cantine dont les plats ne sont pas toujours adaptés à ses besoins et qui peuvent engendrer une hypoglycémie. La seconde est matérielle : mon fils a très vite abandonné l’idée de reporter les valeurs des glycémies de son appareil sur un carnet comme cela est demandé par le diabétologue. C’est trop contraignant pour lui, alors c’est moi qui m’en charge. Mais idéalement, il faudrait pouvoir transférer directement toutes ces données sur ordinateur pour les imprimer en vue de la prochaine consultation.

MdK - Les adolescents s’approprient facilement la technologie des appareillages et applications disponibles sur tablettes ou sur Smartphone qui permettent de suivre leur traitement et leur glycémie. Ils sont toujours dans l’attente de nouveaux progrès et espèrent maintenant des outils plus complets, couvrant l’ensemble des aspects de surveillance, de traitement et de suivi. Toutes ces améliorations permettent aux adolescents diabétiques d’optimiser leur quotidien et de pouvoir oublier, du moins transitoirement, la maladie. Elles apportent au médecin la possibilité de prendre en charge le patient dans sa globalité, et non pas seulement sa maladie. Pour optimiser à la fois le traitement et le quotidien du malade, l’innovation thérapeutique, galénique et technologique doit perdurer. Enfin, pour conforter leur engagement et leur responsabilisation vis-à-vis du diabète, il est essentiel que les parents comme les soignants montrent et verbalisent leur satisfaction à constater que l’adolescent a pris la mesure de l’enjeu et est capable d’assimiler de véritables contraintes liées à la maladie.